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Le phénomène « Fake News »

Depuis le 3 janvier dernier, Emmanuel Macron et le gouvernement communiquent autour de la nouvelle loi contre les « Fake News ». La première version du texte de loi sortie il y a quelques mois a été en partie réécrite ce 30 mai par la commission des Affaires Culturelles. À l’heure où l’on s’interroge sur les effets potentiels de cette nouvelle mesure et son utilité, revenons sur ce phénomène, ses caractéristiques et sa place dans le monde digital.

 

Que se cache-t-il derrière ce terme ?

La commission des affaires culturelles nous apporte un premier élément de réponse. Une Fake News correspond à « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvue d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Elle véhicule donc de fausses informations, mais sa particularité réside dans l’intention : celle de désinformer le public. Elle respecte généralement plusieurs codes :

 

1) La Fake news calque son champs lexical sur celui des médias traditionnels pour gagner en crédibilité.

2) Pour se distinguer du flot informatif constant, elle utilise souvent des titres racoleurs et sensationnels pour susciter la curiosité d’un plus grand nombre.

4) La plupart des rédacteurs se cachent derrière l’anonymat, un bon moyen de s’inventer une nouvelle identité, mais aussi et surtout de se protéger en cas de poursuites.

3) Pour boucler la boucle, son contenu s’appuie généralement sur des sources peu fiables, voir des études inexistantes pour fabriquer la véracité du propos.

 

 

Pourquoi ce phénomène atteint-il aujourd’hui son apogée ?

La désinformation a toujours existé. Cependant, l’explosion d’internet et des réseaux sociaux a changé la donne. Le WEB 2.0 et son hyper-interactivité engendre la prolifération de Fake News. Elles se développent d’autant plus que l’on assiste à un effondrement progressif des poids lourds de la presse et de la télévision, chacun traversant une crise profonde.

Certains experts évoquent la montée en puissance d’une méfiance généralisée de la population face aux « vieux » médias trop souvent instrumentalisés au cours de leur histoire.

 

 

Pour quels objectifs ?

Qu’une Fake News se trouve sur les médias traditionnels ou qu’elle se répande sur les réseaux sociaux, l’objectif de son auteur est toujours d’induire en erreur les individus ciblés. Mais pourquoi ? Il y a plusieurs raisons, politiques par exemple. Que ce soit pour promouvoir une personnalité politique ou au contraire lutter contre, rallier la population autour d’idéaux ou en détruire certains, voire simplement pour troller* les internautes, il y a toujours une raison.

De plus, cette volonté de transmettre de l’information choc ou sensationnelle a un second but : celui de générer du trafic et favoriser le partage. L’argent reste le nerf de la guerre.

 

* Sur internet, « troller » signifie polluer les forums de messages provocateurs.

 

Quels sont leur impact et les risques ?

Avec le rejet progressif des médias traditionnels par la population, et plus particulièrement par les plus jeunes, L’influence des Fake News sur le processus informatif pourrait s’avérer très néfaste. En effet, les générations Y et Z ont perdu l’esprit critique qui caractérisait les générations précédentes. Elles n’ont pas intégré le réflexe de vérifier, de recouper les informations, ce qui en fait des cibles plus faciles à manipuler.

Les domaines ne sont pas tous touchés avec la même puissance. Certains s’avèrent être des terrains très propices à la prolifération de Fake News, comme la santé par exemple. Cette déformation progressive de la réalité favorise une recrue d’essence des théories du complot. Pire, elle perturbe des comportements sains établis depuis des décennies : Il est aujourd’hui de moins en moins rare de voir des parents refuser des vaccins pour leurs enfants. Conséquence directe ? La réapparition de maladies disparues comme la rougeole pour ne citer qu’elle.

 

 

Que faire ?

On constate que la naïveté, ou plutôt la crédulité du public entraine de nombreuses dérives. Ce problème majeur de société, accompagné d’une montée du populisme et de la surabondance d’informations complexifient le travail de recherche du lecteur qui croit alors sur parole ce qu’on lui propose. Bien sûr, cette désinformation sert généralement un intérêt, qu’il soit personnel, politique ou institutionnel. Entre enjeux commerciaux, étatiques et croyances, une guerre de l’information est actuellement en cours. Nous rappelons que ce phénomène est loin d’être nouveau, on le retrouve durant des périodes phares du siècle dernier, pendant la propagande des deux guerres mondiales, la guerre froide mais aussi à moindre échelle autour du commerce du tabac.

Le grand public a aujourd’hui en sa possession un accès presque illimité à l’information. À ce titre, on peut donc juger bon de responsabiliser le receveur de l’information, et pas seulement le communicant. Quelle serait la solution ?

Apprendre l’écoute active et la réflexion. Les jeunes générations se trouvent à un tournant de communication. Elles représentent l’avenir des nouvelles technologies mais aussi les craintes qui y sont associées. Le citoyen de demain ne peut simplement utiliser tous les outils de communication sans se soucier du fond. Malgré ce désir d’instantanéité, de partage et de flexibilité, les générations les plus expérimentées doivent assurer cette transition des médias sans laisser disparaitre le scepticisme, vital pour élever, ou maintenir, les standards de communication actuels.

 

Pour les plus intéressés d’entre vous, voici un lien vers une vidéo très instructive de DirtyBiology portant sur la chaine de l’information autour des sciences et certaines dérives actuelles. Bon visionnage !

 

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